IMPACT : Étude d’impact sur les récits trompeurs et des outils pour combattre leur influence.

  • Post category: Actualité

Cécile Dolbeau-Bandin, MCU HDR au laboratoire CERREV a le plaisir d’annoncer que le projet IMPACT (Étude d’impact sur les récits trompeurs et des outils pour combattre leur influence) dans le cadre de l’appel à projets Résistance financé par L’Agence de l’Innovation de Défense, a été retenu. Clément Bénesse de l’OPSCI, Arnaud Mercier de CARISM et Cécile Dolbeau-Bandin du CERREV, sont coresponsables de la tâche 4 « Analyse structurale des récits mensongers et manipulateurs ».

Inventer un récit manipulateur est en apparence un exercice simple, puisque l’absence de confrontation au réel permet d’éviter l’administration de la preuve, surtout si on pousse le discours au niveau du bullshit au sens conceptuel que lui donne le philosophe Harry Frankfurt (2005). Contrairement au menteur qui entretient un rapport d’opposition à ce qu’il sait être une vérité, ce qui lui permet d’énoncer des contre-vérités ; la vérité est un facteur sans importance pour le bullshitter. Il se caractérise par son indifférence à la vérité. Dès lors, « on ne peut pas faire reproche au baratineur de fournir une représentation erronée de la réalité puisque son propos en est complètement déconnecté et qu’il est ainsi dégagé de toute préoccupation à l’égard de la vérité » (Gautier, 2018). Mais pour un menteur et manipulateur, la question de la crédibilité de son mensonge se pose avec vigueur. Il lui faut inventer faire reposer son mensonge sur des bases suffisamment solides en apparence pour avoir une chance de rencontrer un public, de croiser des croyances préalables, et venir activer notamment le biais cognitif de confirmation d’une partie de la population. Deux moyens rhétoriques appuient cette ambition. Le premier est de proposer des récits qui mêlent le vrai au faux. En partant de faits établis, de données attestées et prouvables, on peut faire dériver un récit vers le mensonge et la manipulation, en escomptant que la partie vraie du récit contamine en crédibilité, en quelque sorte, la partie fausse. On a bien vu ce procédé à l’œuvre dans l’opération Macronleaks où des documents volés lors du hameçonnage des comptes mail de membres de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, ont été publiés en masse, tout en y glissant quelques documents se voulant compromettants pour le candidat qui, eux, étaient fabriqués de toute pièce. Et on a pu observer (Mercier*, 2018) comment des internautes malveillants ont argué sur Twitter de la véracité de l’intégralité des documents dévoilés, en mettant en avant des vrais échanges de mail, des vrais tableaux Excel comptables pour mieux prouver que les documents témoignant de turpitudes coupables étaient tout aussi crédibles que les autres. Cette façon de mélanger les niveaux de véracité, d’entremêler les faits attestés avec les inventions pures et simples, brouillent la frontière entre le vrai et le faux. C’est d’ailleurs un des défis et donc une des limites posées au fact-checking qui assez souvent ne peut conclure simplement à un jugement tranché en noir ou blanc. D’où l’invention par certains fact-checkeurs de curseurs évaluant un niveau variable de mensonge, ce qui est une démonstration qui a du mal à emporter la conviction d’une partie du public.

Temps

Lecture

3 minutes